• Diane de La Morinière

Un mois de confinement: et moi, j'en suis où?

Updated: Apr 24

On ne repousse pas ses limites, on les découvre''. Jean-Louis Étienne (l'homme qui traversa le pôle Nord en solitaire, sans chiens ni GPS, en 1986). Il dit aussi que chacun est différents dans le vécu des épreuves, et n'est doté ni des mêmes conditions matérielles, ni des mêmes bagages psychologiques. Dans une situation difficile, c'est chaque jour, un jour à la fois qu'on va pouvoir vivre les difficultés, ''hic et nunc'' (ici et maintenant).


=> Dans cette crise du coronavirus, nous avons à faire face à des difficultés inimaginables et inconcevables dans notre vie d'avant:

- les contraintes du confinement. Elles provoquent du stress et des frustrations. Elles entraînent ennui et vide et/ou à l'inverse, excès de charge mentale (travail, scolarité des enfants, difficultés financières...). Elles font souffrir de solitude et de manque de relations sociales, affectives et familiales (ne pas pouvoir voir ses enfants, ses parents, impossibilité d'accompagner la mort d'être chers...) et/ou à l'inverse, de promiscuité pénible et d'absence d'intimité (malheureusement les violences intra-familiales et conjugales sont en augmentation).

-la peur de la contagion, peur de la maladie, peur de la mort, pour soi et pour ses proches. Nous réalisons notre vulnérabilité.

Tout cela est très lourd et difficile à vivre, bien que nous ayons toujours la possibilité d’essayer de le vivre au mieux.

(voir blog: Confinement:comment rester positif)


=>Par contre, ce qui est particulier et propre à cette crise, ''C'est le retour de l'imprévisible'' selon l"analyse du philosophe Damien Le Guay, ''de l'aléatoire, de l'immaîtrisable''. On pensait qu'on pouvait maîtriser les processus de de sa vie (Tu peux le faire...! Just do it!)...!), de sa santé (mangez bien, bougez plus!), de son mental (méthode Couet et autres mantras ''tous les matins, je me répète devant mon miroir que je suis au top!'') . Que le'' tout économique'' venait répondre à tous nos besoins et aspirations, ainsi que le ''tout matériel'' (parce que je le vaux bien...!) . Mais je réalise que je ne contrôle rien: concernant l'épidémie, la sortie du confinement, la mort (que nos sociétés avaient bien occultée toutes ces années), ni le progrès, ni la science, ni les politiques ne semblent avoir de réponses...

Ce sont ces incertitudes, l'impossibilité de se projeter, l'absence de visibilité qui sont, pour certains, extrêmement difficile à supporter.


=>Et moi, dans tout ça?

1) Une occasion de se connaître mieux. Pour cela prenez une pause, et voyez ce qui vous vient à l'esprit: ''Je ne me serai jamais cru-e capable de supporter ça''. ''Je ne vais pas y arriver''. ''Je me rend compte que je veux changer des choses dans ma vie''. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse! C'est moi, je suis ainsi! Bien sûr votre état d'esprit peut fluctuer, mais prendre en compte votre fonctionnement présent est la première étape, la première marche sur laquelle s'appuyer pour pouvoir continuer à avancer. Pour pouvoir reconnaître mes désirs et mes besoins.

Qu'est-ce qui compte pour moi? Qu'est-ce qui a du sens? Quid de mon activité professionnelle? de la place dans ma vie de ceux que j'aime? de mes engagements éthiques, solidaires, humains?


2) M'accepter comme je suis. Avec mes limites et mes faiblesses. Je ne suis pas parfait-e...Est-ce que ce constat m'affole ou me rassure? De plus, reconnaître mes imperfections pourra me rendre plus tolérant-e, et de fait, me permettra d'accepter celles de l'autre (de mon conjoint, de mes enfants,de mon patron, de ma belle-mère...). Accepter mes émotions, mon stress, mon angoisse, mes joies, mes peines...

(voir blog:Confinement et gestion des émotions)


3) Accepter la situation. Elle est incompréhensible, injuste même, mais c'est ainsi... Se focaliser sur ce que je pourrai faire si..., ce que je pourrai vivre si... ce qui ne me manquerait pas si... si cette pandémie, ce confinement n'étaient pas là (prendre un verre avec mes amis, un café avec mes collègues, voir mes parents âgés, aller à la salle de sport...) non seulement ne changera rien, mais ces pensées négatives ne feront que me démoraliser, me faire du mal.


3) Lâcher prise. Distinguer ce qui relève de moi, et ce qui n'est pas en mon pouvoir. Il y a des choses sur lesquelles je peux agir, et donc j’agis: me protéger contre la transmission du virus, m'organiser un rythme de vie confinée, bien me nourrir, faire de l'exercice, accepter des petites contrariétés, ne pas laisser s'installer des désaccords ou des rancœurs, faire travailler les enfants, ne pas me laisser happer par les informations en continu ni les réseaux, sociaux... Et d'autres sur lesquelles je n'ai pas prise, et donc me tourmenter à leur propos non seulement ne changera rien, mais me fera du mal: quand est-ce qu'on va sortir du confinement? Mes enfants vont-ils être pénalisés par cet épisode scolaire particulier? Est-ce que je vais être malade? Mes proches vont-ils attraper le virus? En mourir?. Gardons en tête que 80% de nos sujets d'inquiétude ne se produisent jamais.


4) Passer de ''faire'' à ''être''.

Pour la majorité d'entre nous, cette période de confinement nous donne moins de choses à faire, nous impose des temps vides qu'on a du mal à remplir. Et on essaie de combler ce vide...

Car nous pensons que notre valeur est déterminée par nos actions, nos réussites, nos agenda bien remplis. Se dire que je n'ai pas grand chose à faire aujourd'hui, que je ne suis pas utile, que je ne sers à pas grand chose, est une souffrance pour nos contemporains.

Cela vient de ce que notre époque et nos sociétés occidentales surévaluent le ''faire'', et accorde moins d'importance à ''l'être''. Cela vient aussi de notre culture et de notre éducation. (Des enfants pensent -et souvent à juste titre- que l'amour de leur parent est conditionné par leur bonnes note, par leur succès en sport, en danse classique et autres activités, par leurs études supérieures...)

Ce confinement me remet devant qui je suis, tout simplement. Quoique je fasse, quelque soient mes réussites et mes échecs, je reste moi-même, avec mes qualités et mes défauts, mes forces et mes faiblesses, mes compétences et mes limites.


5) Expérimenter d'autres voies.

-Restaurer des relations humaines vraies. On dispose, sinon de plus de temps à donner aux autres, du moins d'un temps différent. On observe que les appels et contacts via FaceTime (et autres...) sont plus nombreux, les conversations et les regards échangés plus empreints d'affection et de profondeur...(des petits-enfants aux grand-parents, des enfants à leurs parents confinés seuls, dans son foyer, autour de jeux de société, à la copine qu'on avait un peu laissé tombée...)

-Me rebrancher sur le spirituel. La situation chamboule tous nos repères, elle entraîne des remous intérieurs. Cela peut faire remonter des émotions et des souvenirs enfouis. Elle me renvoie à mon impuissance, au ''désert''. Ce qui structurait ma vie, le travail, la vie sociale, les relations affectives et familiales sont réduites à un espace limité. Je peux remettre le spirituel à une meilleure place dans ma vie, cultiver l'espérance, redéfinir le sens de ma vie. Redessiner mes valeurs. De plus il est indispensable de prendre du temps pour soi, pour se retrouver un petit moment (même si mon lieu de confinement est exigu).


Et si c'était en fait dans notre vie habituelle, dans la routine d'avant, que nous étions confinés? Profitons de ce temps qui nous est donné pour faire le point de nos vies, et réfléchir aux bases de notre vie d'après. Dans confinement, il y a confins: à la suite de Jean-Louis Étienne, fixons notre regard sur l'horizon, faisons de cette épreuve une ouverture pour aller plus loin, une expérience , pleine de l'espoir de ''l'après''...


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